Au revoir Calgary

Conseils à ceux qui pensent déménager à Calgary
Voilà. Après plus d’un an, c’en est maintenant fini de cette histoire d’amour-haine avec Calgary.
À ceux qui pensent quitter le Québec pour venir ici, pour y travailler et vous y installer, laissez-moi vous donner les informations que j’estime pertinentes à savoir avant de prendre une décision.
Plein air

Si vous aimez le plein air, que vous êtes du genre à passer tous vos week-ends en nature, dans les incroyables Rocheuses à moins d’une heure en voiture - ski l’hiver, randonnée pédestre, vélo ou camping l’été - c’est un bon début.
Calgary est d’abord une ville de travailleurs qui se vide de nombre de ses citoyens lors des week-ends. Lors d’une fin de semaine de trois jours, le centre-ville est quasi vide. Les gens sont à la montagne, dans leur résidence secondaire ou dans leur chalet. Et ils sont bien raison. Les Rocheuses sont magnifiques, le Parc fédéral de Banff tout près, le plus ancien du Canada, est époustouflant. Le nombre d’activités qu’on peut y pratiquer l’est tout autant. À Canmore, à 45 minutes de Calgary, vous pouvez faire du vélo dans plein de sentiers au cœur des montagnes.
Bon job

Si vous êtes en mesure de décrocher un emploi payant, quelque part au sein des compagnies pétrolières, sur les chantiers de construction, si vous êtes un travailleur qualifié bien garni de diplômes, vous augmentez vos chances de vous y plaire. C’est une valeur sûre, souvent essentielle pour profiter de la manne.
Politique et économie
Si vous vous intéressez à la politique, vous serez plus heureux si vous vous situez plutôt à droite, bien sûr. Si vous êtes bien ancré à gauche, écolo et assoiffé de justice sociale, vous risquez de passer un dur moment… Ou bien de commencer assez tôt à militer. ☺
Ici, tout suit, tout passe, tout revient très souvent à un seul mot : Money. Combien en faut-il pour vivre, pour suivre l’inflation. Combien trop de gens en manque, combien trop peu de personnes en ont beaucoup trop.
L’économie de Calgary est fulgurante, mais totalement hors de contrôle. Et la grande question que bien du monde ici se pose dorénavant est « comment cela va-t-il finir? » Car nul n’a pensé, pas même Ralph Klein, l’ancien roi, pardon l’ancien Premier ministre, à un plan pour la suite, quand les pétrodollars cesseront de pleuvoir sur la ville.
En tous les cas, si quelqu’un y a pensé, il s’est bien gardé de le dire jusqu’à présent !
Enfin, derrière les gratte-ciels de condos ou de bureaux du Downtown, il demeure qu’il y a des gens, des habitants. À Calgary, c’est plus de 100 nouveaux chaque jour.
Un trip au Canada

Si vous prévoyez vous taper un trip au Canada, de travailler fort pour habiter avec pleins de colocs et faire la fête avec des gens de tous les horizons, Calgary et son statut d’Eldorado, est l’endroit tout indiqué. D’ailleurs, bon nombre de Québécois le font actuellement. Comme ils le faisaient jadis à Vancouver.
Si vous ne restez pas trop collé à la communauté québécoise, vous allez rencontrer un tas de gens de partout à travers le pays qui viennent juste de débarquer eux aussi ou bien qu’ils y sont depuis des années. À mes débuts ici, personne ne venait jamais d’Alberta, encore moins de Calgary. Les Calgariens étaient rares. Un peu comme à Montréal, tout le monde vient de partout au Québec, excepté de la Métropole elle-même.
Avec le temps par contre, vous réaliserez que le passé de ville moyenne du Canada n’est pas si loin. En vérité, dans un milieu précis donné, tous les gens se connaissent. On n’est pas si loin du temps du grand village.
Le temps des cow-boys est toutefois quant à lui quasiment révolu, dans la ville de Calgary, j’entends. S’il n’est pas révolu, il est du moins invisible. Même le Cowboys, bar et institution du centre-ville, sera sous peu démoli, remplacé par une nouvelle tour à bureau.
Enfin, Calgary me manquera pour ces gens précieux avec qui j’ai noué amitié. Pur hasard ? Finalement, la majorité de mes amis Anglos sont Albertains, souvent Calgariens. Ils sont jeunes, ils ont vu leur ville complètement changer ces dernières années et pensent souvent la même chose que moi : Actuellement l’économie va trop vite, mais beaucoup d’autres choses, elles, vont nettement trop lentement.
Crise d’adolescence
Calgary est une jeune ville, en pleine crise d’adolescence aiguë. Un plan de recyclage efficace, un réseau de moyens de transport amélioré et adéquat, un plan pour désengorger le centre-ville de son trafic, un plan pour arrêter ou du moins limiter l’étalement urbain de ses gigantesques banlieues, des logements abordables, un plan pour gérer le manque criant de main-d’œuvre, tout cela se développera davantage un jour, espérons-le. Sûrement, mais lentement ?
Je suis prête à laisser la chance au coureur. Mais je suivrai cela depuis la côte Est. Pour l’instant, je sais que ma qualité de vie sera nettement meilleure au Québec. Mon but n’étant pas de m’enrichir, de profiter de la manne, comme on dit ici, je ne vois pas pourquoi je devrais consacrer plus de 200 000 $ pour devenir propriétaire d’un 1 ½ pas trop éloigné du centre, dans une ville où vivre sans voiture est bien difficile.

Envoye à maison
Pour être bien honnête, en premier lieu, je ne m’en vais pas pour quitter un endroit spécifique, mais plutôt pour en retrouver un autre : « chez nous ». Il y a maintenant pratiquement 10 mois que je n’ai pas mis les pieds au Québec et il me manque. J’ai habité en France, j’ai beaucoup aimé cette période, mais je suis rentrée au bercail. J’ai habité en Tunisie, j’ai beaucoup aimé cette époque, mais je suis rentrée chez moi. Pareille pour l’Ouest canadien.
Maintenant, je prévois de me poser. Rester près de ma famille, de mes amis. Les départs, après avoir rencontré tant de gens, me pèsent de plus en plus. Commencer une étape de ta vie dont tu prévois la fin quelques mois plus tard, j’ai assez donné.
La grande question est définitivement de savoir si je m’arrêterai vraiment.