L’Aïd à Tunis

Salut à vous, voici la première lettre que j’ai envoyée à mon monde, une semaine après mon arrivée à Tunis. J’y suis débarquée trois jours avant l’Aïd…

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(www.web-tunisie.com)

24 janvier 2005

L’Aïd

Asslama à vous tous,

Je vais essayer de vous expliquer avec de simples mots ma première semaine à Tunis. Ouf!

Je commence par vous dire que vous êtes dans un certain sens bien chanceux d’être loin, car vous me connaissez un peu, je parle disons beaucoup… Et j’écris autant ! Néanmoins, à l’écrit, vous vous évitez l’accent français qui me revient peu à peu. Faut bien se faire comprendre, quoi. Et puis, je n’y peux rien, je suis une vraie éponge des expressions orales. Espérons que ça marchera pour l’arabe.

Le choc culturel ou première promenade en ville quelques jours avant l’Aïd.

Le choc culturel, je l’ai rencontré au détour d’une rue, alors que j’étais avec Tallel. Lui, c’est mon nouvel ami qui vient de Guinée, mais qui habite à Tunis depuis 20 ans. Il est journaliste à Réalités et il m’a beaucoup aidé pour tout depuis mon arrivée. Je lui dois déjà beaucoup. Il est très sympa; le surnom que je lui ai donné: papa. Il est un peu beaucoup protecteur, le Tallel. Exemple; je dois lui téléphoner en arrivant chez moi, si j’ai pris le métro après 19 h. … Il m’a dit que c’était culturel. Hé hé hé. Je lui ai répondu que c’était culturel d’avoir besoin d’un peu d’air… il a bien ri.

Bon, je disais, le choc culturel. Installez-vous bien, ça risque d’être long.

Tunis, le bordel sublime.

Par où je commence ?

Le va et viens, que dis-je, le chaos total de la circulation, des voitures, des tracteurs, des mobylettes qui klaxonnent à toutes les demi secondes. Des gens partout, qui se déplacent en tous sens, comme la circulation. Des bâtiments français, vestiges de l’époque coloniale, l’architecture arabisante, des gens “modernes”, des “traditionnels”. Tout, et son contraire. Les odeurs. Ouf !! Il y en a tellement que ça donne mal au coeur à coup sûr à celui qui débarque tout juste. La saleté, la pauvreté et les grosses bagnoles qui se côtoient.

Un immense bordel en mouvement. Plein de vie partout. Plein de bizarreries aussi. Jusqu’à jeudi, plein de moutons partout, dans les voitures, dans les rues.

Jeudi matin, ils ont tous été pendus, avant d’êtres égorgés avec d’immenses couteaux dans la rue, dans les cours des maisons.

C’est l’Aïd.

Ensuite, on se promène et il y a plein de sang partout, avec des têtes de moutons ou des pattes qui traînent ici et là. Le mouton est ensuite grillé au charbon. Méchoui, quoi. Croyez-moi, c’est foutrement bon…. On ne peut plus frais ! miam !

Le marché central.

Avis aux coeurs sensibles. Choc culturel assuré. Encore l’odeur, multiplier par 10. Des quartiers de viande accrochés à des chaînes dans les airs, des épices, des fruits, des légumes, des noix, de la vaisselle, 4 000 patentes inconnues, plein de chats errants (nettement moins gros que mon chat Virgule et sûrement beaucoup moins moumounes) qui se font un festin de roi avec les ordures et les carcasses d’animaux partout sur le sol. Aller faire son marché là-bas, c’est une expérience en soi.

L’arabe

Cette merveilleuse langue si dure à prononcer que j’entends tout le temps, plus que le français, d’ailleurs. J’apprends plein de mots, mon oreille est déjà plus habituée. De toute façon, je n’aurai pas le choix.

Exemple: Aujourd’hui, réunion au journal: facilement le quart s’est déroulé en arabe. En plus, ils ont tendance à parler arabe dès qu’ils s’emportent. Je manque donc le plus intéressant. Aussi, il n’y a rien qui pique plus la curiosité que deux personnes qui parlent de toi dans une langue inconnue, juste là, à côté !

La Médina

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(© Antonio BRAZ)

La ville arabe. Pleine de petites ruelles de rien du tout, labyrinthe incroyable. Immense, pleine de petites boutiques où j’apprends à négocier. On ne peut plus typique. C’est tellement labyrinthique que je m’y perds à coup sûr. Au milieu, la mosquée Zitouna. Trop beau, venez voir vous-mêmes, bon.

D’ailleurs, ceux qui veulent venir me voir, ne vous gênez pas. Je peux accueillir avec matelas 5 personnes, outre moi ! Je vis dans un 5 et demi pour pas cher du tout. Meublé, avec de jolis cadres ornés d’inscriptions arabes: Mohamed et Allah… Si vous êtes de sexe masculin, on dira que vous êtes mon frère ou mon oncle, convenances obligent ! Ceux qui viennent ASSUREMENT me voir, soit Mélanie, Julie; Maman, Réal et Pascal, vous verrez ce que signifient “très luxueux” par ici…

Quant au stage, j’ai commencé pour de bon aujourd’hui. L’équipe a l’air très intéressante et sympathique. La réunion fut des plus animées (ça ressemble à n’importe quelle réunion de média écrit, à ce qu’il me semble). On préparera bientôt le 1000e numéro. Je crois que je pourrai faire des papiers forts intéressants (c’est un magazine qui se veut sérieux hahahaha). Je devrai, je pense, prendre les devants et proposer… ce dont je ne suis pas vraiment prête pour le moment. À suivre.

Bon, je ne sais pas trop ce qui transparaît de ce long courriel, mais je ne voudrais pas donner l’impression que je ne suis pas heureuse d’être ici. Oui, je ressens le choc culturel à bien des moments. On a beau se dire forte et ouverte, il faut bien reprendre son souffle quelques fois. Mais c’est exactement ce que je voulais. J’ai les yeux grands ouverts, je découvre à tous les instants, j’apprends, j’apprends… Si c’est pas ça la vie !

À ceux qui sont encore là, qui ont pris le temps de tout me lire, MERCI ! J’en avais besoin !

Je vous embrasse !

Ahmel-ï

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